Replay conférence en ligne | Derniers traitements anti-Alzheimer : pouvons-nous enfin soigner les malades ?

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Comme chaque année, la Fondation Alzheimer participe activement à la Semaine du Cerveau, un évènement national incontournable ayant pour objectif de sensibiliser le grand public aux avancées de la science et de la recherche sur le cerveau. Pour cette édition 2025, la Fondation s’est emparée de l’actualité en proposant un débat sur les traitements pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. Face aux attentes considérables des patients et des professionnels de santé, la Fondation a apporté un éclairage clair et complet sur les traitements actuels et futurs grâce aux interventions de trois experts de renom.

/ Le replay de la conférence est disponible !

Vous avez manqué la conférence en direct ? Vous pouvez désormais la visionner en replay et retrouver les interventions des Professeurs :

  • Philippe Amouyel, épidémiologiste et spécialiste de santé publique, Directeur Général de la Fondation Alzheimer,
  • David Wallon : neurologue, Directeur du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche au CHU de Rouen et Président de la Fédération des Centres Mémoire.
  • Dominique Deplanque, professeur de Pharmacologie, directeur du Centre d’Investigation clinique Inserm-CHU de Lille et président de la Société Française de Pharmacologie et Thérapeutique

/ Un point sur les traitements disponibles

Dans un premier temps, les experts ont rappelé que plusieurs médicaments sont déjà disponibles pour soulager certains symptômes de la maladie. Ces médicaments sont prescrits pour améliorer la transmission des informations nerveuses et soutenir les capacités cognitives. Ces traitements n’agissent pas sur les causes profondes de la maladie, mais ils contribuent à améliorer la qualité de vie des patients.

Les experts ont ensuite détaillé les traitements anti-amyloïdes actuellement autorisés dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Chine et au Japon. Ces médicaments, fondés sur l’immunothérapie, ciblent la protéine bêta-amyloïde, dont l’accumulation anormale est une des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Parmi eux, le Leqembi (lecanemab) qui est encore en attente de mise sur le marché en Europe et en France. Bien que ces traitements soient pour l’instant réservés aux patients aux stades précoces, ils offrent un espoir considérable.

/ Quelle évolution pour les traitements de demain ?

La maladie d’Alzheimer étant complexe, la recherche ne se limite pas à la piste amyloïde. Les experts ont souligné l’importance de développer de nouvelles cibles thérapeutiques. Parmi les pistes explorées :

  • La protéine Tau, dont l’accumulation anormale est un autre marqueur clé de la maladie,
  • Le microbiote intestinal, qui pourrait jouer un rôle dans l’inflammation et le développement des troubles neurodégénératifs,
  • L’inflammation cérébrale, qui est une autre voie de recherche prometteuse.

Des progrès sont attendus dans ces domaines, avec l’objectif de proposer des traitements mieux adaptés à chaque patient.

/ Un appel à poursuivre les recherches

Les messages clés portés par les experts et le public sont sans équivoque : la recherche sur les traitements doit continuer et s’ouvrir à une prise en charge plus large. Aujourd’hui, les patients aux stades avancés de la maladie restent exclus des traitements innovants, ce qui reste une limite majeure. Malgré les contraintes économiques, sociales et médicales, les attentes des patients et des professionnels de santé sont immenses.

Une réponse possible réside dans la médecine personnalisée, comme cela a été développé dans le traitement du cancer. Adapter les traitements aux profils spécifiques des patients pourrait représenter une avancée majeure.

/ Une FAQ pour répondre aux interrogations

Lors de ses conférences en ligne, la Fondation Alzheimer prévoit toujours un temps d’échange pour répondre aux questions du public. Face à la forte demande d’informations, une Foire Aux Questions (FAQ) a été mise en ligne pour fournir des réponses complémentaires. Cette FAQ aborde des sujets variés : accessibilité des traitements, effets secondaires, démarches pour bénéficier d’un diagnostic précoce, etc.

Dès que le diagnostic est posé, il est essentiel de mettre en œuvre des stratégies d’accompagnent actives et de stimulations cognitives pour participer au maintien des fonctions cognitives et de certaines fonctions exécutives et espérer ainsi ralentir le déclin cognitif quel que soit l’âge, le plus tôt le mieux.
En France, les marqueurs obtenus grâce à la ponction lombaire ont une sensibilité (capacité du test à être anormal si le patient a effectivement la maladie) et une spécificité (capacité du test à être normal ou négatif lorsqu’on n’est pas concerné par la maladie) supérieure à 90%, voire 95% dans certaines séries. Attention par contre, des marqueurs de la maladie d’Alzheimer à la ponction lombaire normaux n’écartent pas une autre maladie neurocognitive. C’est le travail du médecin de tenir compte de tous les résultats pour préciser son diagnostic.
Lorsque l’on a un parent atteint, cela ne signifie pas que la maladie est héréditaire. Les formes héréditaires sont extrêmement rares, portées par une mutation génétique qui circule dans une famille. Ce sont des formes précoces (âge de début <60 ans, voire 40 ou 50). En revanche, avoir un parent atteint passé 75 ans n’est pas rare et ne signifie pas que la maladie soit héréditaire. Dans cas aucun dépistage n’est nécessaire mais des mesures de prévention sont toujours utiles chez tout le monde afin de retarder d’éventuels symptômes si jamais la maladie devait survenir (Stimulation cognitive, protection cérébrale, bonne santé générale et maintien d’un solide tissu social). En savoir plus.
Il s’agit de famille présentant à chaque génération des cas de maladie d’Alzheimer à début très précoce (avant 60 ans voire moins). Moins de 300 cas sont recensés par an en France. Les circuits de diagnostics relèvent des centres mémoire comme pour tous les patients. C’est la grande précocité d’apparition des symptômes qui orientent vers le diagnostic de forme héréditaire.
Pour être accessible en France, ce traitement doit faire l’objet d’un examen par la commission de transparence de la HAS afin de définir la possibilité d’un remboursement par la sécurité sociale et de donner des arguments pour discuter du prix avec l’industriel. Tant que le dossier n’aura pas été examiné, le médicament ne sera pas disponible. Si les éléments sont jugés très favorable, la HAS pourra proposer une procédure d’accès précoce dans l’attente des modalités de remboursement et du prix.
Cela est lié au fait qu’un symptôme neurologique ne dépend pas avant tout de la maladie mais de la localisation des lésions. Par analogie, lorsqu’on a mal au ventre, cela peut être des maladies bien différentes (appendicite, infection urinaire, occlusion intestinale etc…). Dans le cerveau, si un glioblastome est localisé dans les circuits de la mémoire, les signes seront une altération progressive de la mémoire. L’imagerie du cerveau est donc bien obligatoire avant tout diagnostic de maladie d’Alzheimer pour s’assurer que ce n’est pas autre chose.
C’est tout à fait possible en recherche. Evidemment personne ne reçoit de diagnostic alors qu’il n’y a aucun symptôme. Cependant, des personnes volontaires pour participer à la recherche peuvent faire des examens (imageries du cerveau, prises de sang et même ponction lombaire) pour savoir ce qui se passe avant les premiers signes. Le point important, c’est comme il s’agit de recherche, ces participants n’ont pas le résultat de leur propre examen. Le but est uniquement de savoir et comprendre ce qui se passe en règle générale durant les années avant les premiers signes. C’est par exemple ce que propose le programme de recherche DIAN destiné aux formes génétiques de la maladie d’Alzheimer.
Dans les pays industrialisés, la prise en charge thérapeutique de la maladie d’Alzheimer est globalement similaire mais l’accès à certains médicaments dépend de l’organisation des systèmes de santé. Aux USA, de nombreux médicaments, y compris les plus récents, sont accessibles mais pas forcément pris en charge. En Europe, les anticholinestérasiques ne sont plus remboursés dans la plupart des pays européens. Concernant les anti-amyloïdes, l’approbation européenne est récente, cependant la plupart des systèmes nationaux de régulation n’ont pas encore statué sur leur mise à disposition.
C’est effectivement un vocabulaire que l’on peut considérer comme équivalent même si les termes phase 2 et phase 3 sont sans doute plus clairs. Dans les études de phase 2, différents paramètres sont mesurés, habituellement chez des patients atteints de la pathologie pour laquelle le traitement est développé. Il s’agit notamment de vérifier que le médicament produit un effet et de déterminer la dose la plus pertinente. On en profite généralement pour mesurer plus précisément le devenir du médicament dans l’organisme. Les études de phase 3 sont réalisées afin d’établir l’efficacité de la molécule, généralement sur des critères cliniques, en analysant par ailleurs les effets indésirables les plus fréquents. Il s’agit d’études comparatives versus placebo ou versus un traitement de référence. L’ensemble des résultats permet d’évaluer la balance bénéfice/risque afin que les autorités puissent valider éventuellement l’utilisation du traitement à plus large échelle.
Non, l’IRM cérébrale réalisée pour savoir si le patient présente une maladie d’Alzheimer ne nécessite pas d’injection de produit de contraste. Toutefois, si une autre maladie est découverte comme une inflammation du cerveau par exemple, il peut être nécessaire de faire l’injection au vu des premières analyses.
On sait grâce à l’étude de la protéine amyloïde longtemps que son accumulation commence 20 ans avant l’apparition des premiers signes. Etant le tout premier élément à se modifier et à l’origine d’une cascade anormale qui aboutit à la mort du neurone ensuite, il est logique d’essayer d’empêcher ce premier évènement pour éviter ce qui suit. Attaquer la protéine amyloïde est désormais tout à fait possible avec des anticorps. Par contre déterminer à qui il faut proposer ce traitement, pendant combien de temps et vérifier qu’il y a bien un effet positif est difficile.
Pour le moment, les premiers essais cliniques sont négatifs mais cela ne veut rien dire. Les molécules n’étaient peut-être simplement pas adaptées à l’objectif. D’autres anticorps anti-tau et même des stratégies par des approches génétiques sont en cours de tests. Les résultats arriveront dans les années à venir.
Oui ils ont une prise en charge des thérapies non-médicamenteuses comme les séances d’orthophonie et des équipes spécialisées Alzheimer (ESA). En revanche, les médicaments symptomatiques sont bien déremboursés pour tous depuis 2018.
La raison est que la stratégie de dépistage n’est pas encore recommandée faute de traitement à un stade très précoce. Les anticorps anti-amyloïdes ne sont pas encore commercialisés au moment où est écrite cette réponse. De ce fait, le diagnostic d’une maladie d’Alzheimer est avant tout recommandé lorsqu’il y a des symptômes qu’ils soient rapportés par le patient ou par l’entourage (fréquent avec l’anosognosie).
Il y a un effet certain des traitements anti-amyloïdes sur la plasticité neuronale que ce soit à l’échelle synaptique ou structurale, mais par quels mécanismes cela se produit-il (nécessairement multiples), avec quelle dynamique et dans quel délai sont autant de questions qui restent à résoudre.
Dans son travail sur les recommandations, le groupe d’expert mandaté par la Fédération des centres Mémoire recommande que les formes dites communes regroupant la forme amnésique (typique), la forme langagière (ou aphasie progressive primaire logopénique) et la forme visuelle (ou atrophie corticale postérieur = syndrome de Benson) puissent toute bénéficier du traitement. Naturellement dès lors que la ponction lombaire est bien compatible avec ce diagnostic et en l’absence de contre-indication par ailleurs.
Non il n’y a aucun rapport entre la pause d’un pacemaker et la maladie d’Alzheimer.
Malheureusement non. Les lésions de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé ou sévère sont trop importantes et surtout impliquent de multiples protéines. L’effet seul des anticorps anti-amyloïdes est insuffisant pour empêcher l’évolution. En revanche le risque d’effet indésirable n’est pas plus faible. La balance bénéfice-risque est donc défavorable.
Les modifications de la maladie d’Alzheimer sont visibles avant les premiers symptômes, le plus souvent autour de 5 années avant mais attention, elles ne sont pas spécifiques. Il n’est donc pas possible de prédire une maladie d’Alzheimer sur l’unique base d’une IRM.
Les contextes sont différents et difficilement comparables. Au-delà des caractéristiques des recherches en amont qui clairement n’ont pas les mêmes durées, l’un des éléments les plus discriminants est sans doute celui du temps nécessaire pour mesurer l’effet du traitement. Dans la maladie d’Alzheimer, l’effet attendu ne peut être mesuré que sur le moyen voire le long terme, a minima sur plusieurs mois. Dans le cas d’un vaccin, soit l’effet est mesuré à partir de données biologiques de réponse immunitaire disponibles dans les jours ou les semaines qui suivent la vaccination, soit sur le critère d’apparition de la maladie qui fait l’objet de la vaccination, un critère qui est d’autant plus facile à mesurer lorsque l’essai se tient en période épidémique.
Les études liant le microbiote avec le cerveau (axe cerveau-intestin) sont de plus en plus nombreuses dans la maladie d’Alzheimer mais très peu concernent des traitements. Une approche est proposée à Montpellier (RegenLife) basée sur des ultrasons avec sangle abdominale pour modifier le microbiote. Il faudra attendre les résultats pour savoir si cela a un impact.
Comme indiqué dans la vidéo, il n’est plus recommandé de cumuler un traitement comme le Donepezil et la Memantine car il n’y a pas de cumul de l’effet et donc pas de bénéfice supplémentaire depuis une vaste étude réalisée à la demande du NICE (agence de santé publique britannique) en Angleterre (et confirmée par ailleurs depuis).
Non, la Memantine tout comme les autres traitements symptomatiques de la maladie d’Alzheimer ne bénéficie plus du remboursement depuis 2018.
Si la question concerne les anticholinestérasiques, la HAS a considéré lors du déremboursement en 2018 que les données disponibles ne permettaient pas de retenir un niveau d’efficacité suffisant pour que le remboursement soit maintenu. Il y a eu certes des données plus récentes à ce sujet mais ces études ne correspondent pas aux standards exigés par la HAS et par ailleurs, ces molécules sont tombées dans le domaine public et plus aucun industriel n’a de réel intérêt à porter une demande de réexamen de ces dossiers.
La réalité virtuelle, mais également les autres approches technologiques comme l’intelligence artificielle, l’analyse de la voix, la surveillance des constantes biologiques à distance…L’objectif est de maintenir l’autonomie des patients à leur domicile le plus longtemps possible en palliant certains déficits mémoriels, en aidant le patient à se localiser dans l’espace et le temps, en interagissant avec lui à distance…. De travaux sont en cours pour assurer cette autonomie avec des robots par exemple comme au Japon.
Oui et tous les arguments sont détaillés dans la première partie du webinaire.
Comme précisé précédemment, le niveau de bénéfice clinique a été jugé insuffisant par la HAS et, dans le contexte où personne n’est en mesure de porter un nouveau dossier de demande de remboursement, dossier qui suppose de disposer de données solides établies par de nouveaux essais randomisés, il est plus que probable que ce déremboursement soit définitif.

/ Remerciements

Nous remercions chaleureusement la Société des Neurosciences, qui coordonne la Semaine du Cerveau en France, pour son engagement et son soutien. Cette année marque la quatrième participation de la Fondation Alzheimer à cet événement, et nous vous donnons d’ores et déjà rendez-vous l’année prochaine pour poursuivre ces échanges essentiels.

Enfin, un immense merci à Mylène et Patrick, qui ont accepté de témoigner et de partager leur regard d’aidants sur les traitements et la maladie d’Alzheimer. Leur vécu et leur engagement sont précieux pour faire avancer la compréhension et le soutien aux familles concernées.

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